Pokemon Go : les recettes du succès
Pokemon Go vient de sortir et les marques en ont profité pour lancer différentes opérations permettant notamment de rafler des bons de réduction, d'accéder à des promos exclusives, et à bien d'autres douceurs encore. Décidément, Pokemon Go donne des idées à la distribution. Mais pas que...

Monoprix, But ou encore Fnac, toutes les grandes enseignes de la distribution se sont emparées du phénomène pour attirer les visiteurs en magasins et leur permettre de chasser les Pokemon tout en récoltant des bons d'achats et d'autres surprises. Même le e-commerce s'est pris au jeu à l'image du site www.cellublue.com qui incite les utilisateurs à parcourir les rues à la recherche des créatures Nintendo, à les prendre en photo avec sa ventouse anti-cellulite CelluBlue et à partager le cliché sur les réseaux sociaux. À la clé, 100€ de bons d'achat sur le site. 

A moins de passer ses vacances sur la lune, impossible donc de ne pas être au courant de cette application "phénomène". Ce succès, Niantic le doit à une stratégie bien rodée selon App Annie : 
  • un soft launch. Le lancement discret en Australie et en Nouvelle-Zélande a servi de phase de test pour repérer et corriger tout bug important, ainsi que pour découvrir comment les utilisateurs appréhendaient le jeu mobile dans son ensemble. Effectuer un soft launch dans un marché d'app plus réduit permet aux développeurs de recevoir des retours rapides et exploitables avant de lancer l'app à l'international.
  • un marketing sous forme de bouche à oreille intégré. Que ce soit en ligne ou dans le monde réel, les utilisateurs ont alimenté le succès du jeu en parlant autour d'eux de Pokémon GO tout en y jouant. Des évènements Facebook sont organisés à travers les États-Unis pour rejoindre des entraîneurs de Pokémons cherchant à les « attraper tous ». Niantic a eu la bonne idée de se baser sur des interactions sociales dans la vie réelle pour informer et générer de l'intérêt autour de l'app.
Mais plusieurs défis restent à relever : 
  • un manque de composants sociaux intégrés. Les utilisateurs regrettent le manque d'interactions sociales intégrées avec les autres joueurs de Pokémon GO. Une entreprise tierce a cherché à combler ce manque en créant GoChat.
  • une flexibilité du serveur. Le lancement initial de n'importe quel jeu s'accompagne toujours de bugs à corriger. Les utilisateurs ont vu leurs sessions de jeu impactées par des écrans bloqués ou des plantages inattendus. En plus de ces soucis techniques, les utilisateurs ont surtout souffert de serveurs surchargés (notamment lors des premiers jours suivant le lancement). Nintendo et Niantic n'avaient aucun moyen de prédire le succès énorme du jeu, provoquant un afflux de téléchargements et de nouveaux utilisateurs. En stabilisant les serveurs et en corrigeant les bugs en priorité, ils conserveront leurs utilisateurs quotidiens (et ceux-ci pourront même passer encore plus de temps à jouer).
  • la sécurité. David Emm, chercheur en sécurité chez l’expert en cyber sécurité Kaspersky Lab explique que "les serveurs Nintendo ont déjà connu un certain nombre de problèmes liés au trafic et leurs attaquants ont parfaitement conscience que l’entreprise ne peut pas se permettre d’avoir des serveurs en panne ou inactifs. Cela en fait une cible privilégiée pour des attaques DDoS". Bien qu’un certain nombre de groupes de cyber-criminels ait revendiqué ces attaques, il est difficile de vérifier la véracité de leurs affirmations. Ce qui compte vraiment pour Nintendo et pour les joueurs de Pokemon Go est de protéger les serveurs et les données des joueurs, de maintenir la continuité de service et de préserver sa réputation et celle des entreprises derrière Pokemon Go. Mais ce n’est pas un tâche aisée, car les attaques DDoS sont perpétrées par plusieurs groupes au motifs variés : nuire à la réputation de l’entreprise, attirer l’attention sur des revendications politiques ou sociales, et bien sûr la perspective de possibles gains financiers.

Reste que toutes les applications n'ont pas la possibilité de devenir le prochain Pokémon Go. Cependant, les éditeurs peuvent déjà tirer des conclusions applicables à leur stratégie mobile, notamment :
  • le fait de capitaliser sur une marque bien connue (et bien-aimée). Si le jeu mobile peut être adapté pour inclure une marque ou même une célébrité, cela permettra d'améliorer le potentiel de monétisation de l'app.
  • une technologie innovante peut susciter un fort intérêt, au départ, du moins. La réalité augmentée de Pokémon GO est à la fois amusante et innovante dans sa manière d'incorporer la réalité virtuelle dans un jeu mobile.
  • utiliser les soft launch à son avantage. Un lancement dans un marché plus restreint et proche de son public cible donne le temps aux développeurs de tester les retours des utilisateurs et d'identifier les derniers bugs dans un environnement contrôlé. Cela permet également de tester la monétisation et la stabilité des serveurs (cependant, il peut être difficile d'estimer la demande réelle si vous lancez un produit aussi populaire que Pokémon GO).
Pour Jean-Claude Ghinozzi, Président du SELL, "un succès d'une telle ampleur est le résultat d'une écriture narrative innovante au service d'une licence incroyablement populaire et des capacités ludiques de la réalité augmentée". Le jeu ferait déjà gagner plusieurs millions d’euros chaque jour à Nintendo et a également donné des idées au groupe Webedia qui a lancé l'app « GO Map – Pour Pokémon Go » (permettant de situer sur une carte géolocalisée les personnages Pokémon à capturer dans l’application « Pokémon GO », et de signaler les Pokémon à proximité) et à l'app de rencontres Diwi qui permet aux mordus de Pokémon célibataires de partir à la chasse ensemble. 

Article modifié le 2 août 2016.
Publié le 1 août 2016
SQ 250-300